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Massacre Rue Donnat

Massacre Rue Donnat

Jusqu’en 1320, certains étudiants montpelliérains assistaient à leurs cours armés : l’épée ou la dague, signe extérieur de noblesse, est alors à la mode dans les milieux universitaires. Début XVIème siècle, plusieurs disputes entre étudiants, voire entre étudiants et professeurs, dégénèrent en bains de sang. Les armes posent, en outre, des problèmes à l’extérieur des universités : les étudiants sont jeunes, fougueux et fêtards ; leurs beuveuries elles aussi se terminent parfois dans le sang. L’évêque de Mauguio, sous la responsabilité de qui sont placées les universités, estime que tout cela n’est plus tolérable ; il émet le 2 Avril 1320 une interdiction formelle : les élèves des universités n’ont plus le droit, avant la fin de leurs études, de porter des armes.

Quelques semaines plus tard, un étudiant en droit comparaît devant la chambre de justice de Montpellier. Le plaignant n’est autre que le président de cette assemblée : l’honorable Pierre Bonami. Ce notable est alors l’homme le plus riche et le plus influent de Montpellier ; propriétaire terrien et négociant en vins, il possède de plus une rue qui porte son nom (actuelle Rue Donnat) et qui longe la faculté de droit. C’est justement à cause de cette proximité qu’il se trouve, ce jour-là, plaignant en son propre tribunal : un étudiant, et qui plus est un étranger, a séduit sa fille. A-t’il attenté à sa vertu ? Bonami n’en dit rien : il ne veut pas de scandale. Le tribunal, quoi qu’il en soit, tranche en faveur du bourgeois : le jeune homme, condamné, est emprisonné.

Pas pour longtemps : dans la nuit, ses condisciples viennent le délivrer. Ils sont repérés et l’alarme est donnée. Une rixe s’ensuit, au cours de laquelle plusieurs gardes sont blessés ; les étudiants quant à eux, parviennent à s’enfuir. Ils rejoignent leur université, où ils sont sous la protection de l’Eglise. Bonami est furieux mais ne peut rien contre les règles de l’Université. Le coupable semble devoir lui échapper. Quant aux complices, il ne sait rien d’eux, si ce n’est, d’après un homme d’armes ayant participé au combat, qu’ils ont un accent particulier. De quelle région, de quelle province viennent-ils ? On n’en sait trop rien, mais en tout cas leur parler, particulier, les trahit.

Le soir suivant, Bonami se poste près de l’université de droit, accompagné de son témoin et de trois ou quatre de ses gens, costauds et bien armés. Ils arrêtent tous ceux qui sortent du bâtiment et les interpellent : "Dieu vous don la bonne nioch" (Dieu vous donnent la bonne nuit). Etudiants et professeurs, ainsi apostrophés, répondent. C’est ainsi qu’à leur accent, le garde finit par reconnaître ses agresseurs. Bonami et ses serviteurs se jettent illico sur eux. C’est un massacre : les jeunes gens, sans armes (puisqu’ils n’ont plus l’autorisation d’en porter, n’ont même pas le temps de s’enfuir et plusieurs d’entre eux sont tués. Bonami récupère les corps, les expose un temps puis les jette dans les puits des environs de l’université ; pendant plusieurs jours ils vont en gâter l’eau et offrir aux habitants du coin un peu ragoûtant avertissement.

Bonami ne sera jamais inquiété : c’est un meurtrier, certes, mais un meurtrier bourgeois et montpelliérain. Il a frappé dans le vif les étudiants, ces jeunes trublions qui, s’ils amènent à la ville un prestige intellectuel certain et pas mal de richesses, sont mal vu des marchands. Pour quelque temps, les environs de l’université se calment, le massacre de la rue Donnat encourageant les jeunes gens à une certaine retenue. Pour quelque temps seulement..


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