l'hérault insolite

Les Trois Grâces

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En 1773, la ville se dit que, quand même, ce serait chouette une fontaine de plus. On passe commande au sculpteur Etienne d’Antoine sur un thème classique : les Trois Grâces. Il se met au boulot ; courant 1776, les trois jolies nanas, tirées d’un bloc de marbre, sont là. Mais il y a un hic : on ne sait plus quoi en faire. Au début, on pensait les mettres Place de la Canourgue, mais là, c’est plus possible. On paye d’Antoine et on enterre le projet. Les statues finissent au grenier et prennent joyeusement la poussière. Quelques années plus tard, la municipalité a une illumination et trouve que sur l’actuelle Place du Marché aux Fleurs, ça serait pas mal. Réflexions, brainstorming, architecte, plans, dépoussiérage des statues.. Et finalement non, ça va pas être possible, retour au grenier. Ce n’est qu’en 1797 que les Trois Grâces sont installées Place de la Comédie : la mairie de l’époque veut un truc joli et n’a que ça sous la main. Les premiers temps sont durs pour les Grâces : sur leur emplacement il y avait auparavant un abreuvoir, déplacé derrière le théâtre (actuel Opéra-Comédie) pour l’occasion. Mais les habitudes sont tenaces et les montpelliérains flemmards : pendant des années, on continue à faire boire les canassons au même endroit, c’est à dire aux pieds des statues. Pas très classe : la ville a recourds aux forces de l’ordre pour protéger le bassin de la soif et du crottins des chevaux. Autre problème : elles sont bien jolies, mais elles sont nues. Et ça choque. Du coup, on les cache sous un drap à chaque fête civile ou religieuse.. Bref, jusqu’au début du XXème siècle, on les planque de temps en temps, histoire de ne pas passer pour des obsédés.

Bon, les Grâces sont sur la Com’. Mais faut pas croire pour autant qu’elles sont définitivement fixées, car elles ont la bougeotte : en 1895, elles partent se balader au centre de la Place (elles étaient à l’origine beaucoup plus près du théâtre) ; on en profite pour les rehausser d’un mètre et changer la vasque au-dessous d’elles.

L’aspect général reste le même jusqu’en 1963, date à laquelle on pave de marbre l’Œuf entourant les Grâces, ce qui, avouons-le, donne un bien joli effet.

Et là, c’est fini ? Ben non !

En 1989, la Mairie constate que les statues sont abîmées, vieillies. On les remplace par une réplique en résine. C’est ce qu’on peut voir aujourd’hui sur la Comédie. Les Trois Grâces, les vraies, sont à l’intérieur de l’Opéra. Enfin, début 2003, on réaménage les alentours des statues : les marches rehaussant l’ensemble, autrefois repère à crevards disgracieux et sauvageons vendeurs d’herbe-qui-rend-niais, deviennent une petite fontaine annexe, de sorte qu’il devient impossible d’y poser les fesses. Et on ajoute tout autour des petites lumières bleues qui donnent à l’ensemble un look entre la piste d’aéroport et le night-club rétro.

Il semblerait que les Grâces soient aujourd’hui fixées. Voire.. certaines personnes bien informées affirment qu’il n’en est rien : loin d’être assagies, les statues s’animeraient certains soirs et arpenteraient les rues, à la recherche du Grand Amour...

Julien Taillandier

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