Les Paysages Forestiers de l'Hérault
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La garrigue Montpelliéraine : LES PAYSAGES FORESTIERS ET LES CLIMAX

Dans le domaine de l’écologie, le climax désigne l’état final d’une succession écologique ; l’état le plus stable dans les conditions existantes. (Wikipedia).

La garrigue n’est pas un état botanique stable, c’est une formation de dégradation qui n’est en aucun cas en équilibre avec le climat régional et qui ne peut se perpétuer que par l’action de l’homme : pâturage excessif, incendie, coupes claires…

Le prototype de la formation végétale autour de Montpellier est une forêt claire de feuillus qui s’est déjà mise en place à la fin de la dernière glaciation. Dans les parties les plus basses – en dessous de 200m - le chêne vert est le végétal fondamental. Dans les parties les plus hautes – au dessus de 300m – le chêne blanc pubescent, se mêle au chêne vert, en chefs de file de toute une série de compagnes associées. Ainsi, toute pause dans la destruction du manteau végétal tend à faire renaître la forêt d’yeuse (chêne vert) et la forêt mixte.

La garrigue Montpelliéraine : LA FORÊT DE CHÊNE VERT

La chênaie primitive dans notre domaine géographique n’a jamais pu se maintenir intacte. Nous pouvons cependant en reconstituer les grands traits physionomiques.

A – STRATIFICATION
La forêt d’yeuse qui peut se développer est composée de quatre à cinq strates de végétaux superposés.

  La strate ARBORESCENTE : lorsqu’elle a conservée son intégrité végétale, peut atteindre de 10 à 15 mètres de hauteur de fûts étroits et élancés ou d’arbres au tronc épais et courts qui s’épanouissent en éventail. Le chêne vert étant l’espèce dominante, accepte ça et là quelques compagnons isolés : le chêne pubescent, l’érable de Montpellier, la filaire et l’arbousier.

  La strate ARBUSTIVE supérieure : ne dépasse pas en général les 5 mètres de hauteur, mais c’est une strate très puissante car ligneuse et très ramifiée. Nous pouvons citer le laurier tin, l’alaterne, le lentisque, le buis, le cade, le chêne kermès, la bruyère. Les lianes vigoureuses entremêlent tout ce système telles la clématite, la salsepareille, le chèvrefeuille, le lierre, les ronces.

  La strate ARBUSTIVE inférieure : est composée de plantes de 80 à 150 cm de hauteur. Malgré l’ombre des arbres, elle est très vigoureuse et éparpillée en de très nombreuses espèces parmi lesquelles il convient de noter les cistes, les bruyères, le genêt épineux, le paliure, la coronille, l’asperge sauvage, la garance voyageuse. Localement, si le couvert est assez sombre, le fragon peut presque éliminer tous les autres arbustes et constituer de véritables fourrés épineux.

  La strate inférieure HERBACÉE : est pauvre à cause du manque de lumière. Elle est composée de graminées éparses et parsemée de quelques touffes de carex. Il est courant d’y rencontrer des euphorbes et bien d’autres plantes encore.

  La strate MUSCINALE est assez peu développée, elle est constituée de mousses et lichens.

L’influence de l’exposition au soleil sur l’aspect de la végétation est très importante. Les versants exposés au Nord – à l’ubac – sans soleil ou éclairés seulement par des rayons obliques subissent une évaporation diminuée. Le sol est plus frais et l’humus se développe de façon plus favorable. Sur ces versant, sur le calcaire, on trouve toujours le chêne vert entouré de son cortège traditionnel, amies de l’ombre : le chêne pubescent, le buis, enchaînés par la clématite. A terre, les strates arbustives et herbacées recouvrent le sol de façon presque continue et les mousses et lichens recouvrent même les rochers. En revanche, les versants tournés vers le Sud – à l’adret – reçoivent de plein fouet les rayons solaires : l’évaporation est intensifiée et l’humus se détruit aisément. Avec le chêne vert pas de pubescent mais plutôt le pin d’Alep, peu de lianes, de mousses et de lichens. Seul le thym, le cade, les euphorbes arrivent à croître.

B – LES PÉRIODES VITALES

Les manifestations vitales de la chênaie d’yeuse se calquent très précisément sur le déroulement annuel du temps :
  l’automne : réveil annuel après les pluies d’automne où l’on voit le chêne vert fleurir,
  l’hiver : vie ralentie mais arrivant à se perpétuer, le gel, sauf exception ne pénétrant pas sous les arbres,
  le printemps : éclatement floral échelonné de mars à juillet,
  l’été : repos à cause de la sécheresse.

Le rythme vital est donc marqué sur deux périodes de vies intenses séparés par deux longs moments de latence, l’un est du au froid hivernal et l’autre déterminé par la sécheresse estivale.

Les arbres et arbustes sont adaptés à la sécheresse : réduction des surfaces transpiratoires, feuilles transformées en aiguilles, émanation d’essences constituant un matelas gazeux protecteur…

C – LE CLIMAT LOCAL DE LA FORÊT D’YEUSE

Toutes les observations des botanistes ont montré que la forêt de chênes verts réalise au niveau des strates inférieures un climat extrêmement particulier caractérisé par une ambiance humide, une évaporation continue, une circulation faible de l’air, des extrêmes de températures affaiblis, une luminosité très diminuée. Si la permanence de la composition floristique se stabilise, un sol noir humifère se reconstitue.

En cas de déboisement, les coupes claires permettent aux pluies d’automne de lessiver les sols et de nettoyer l’humus, le taillis disparaît, laissant le sol à nu pour ne nombreuses années.

La garrigue Montpelliéraine : LA CHÊNAIE MIXTE

Dès que l’on quitte les bas-plateaux, l’influence de l’altitude sur la végétation apparaît : port plus élancé des arbres, importance croissante des lichens et des mousses, vert plus frais des feuillage qui indique que la végétation tire parti de l’humidité.

A – LA CHÊNAIE DE PUBESCENT EN MOYENNE MONTAGNE

Il est classique de distinguer en Méditerranée entre les deux étages du chêne vert et du hêtre, celui du chêne pubescent : c’est en effet entre 600 m et 1.300 m que celui-ci s’épanouit le mieux.

Mais cette forêt de pubescents, même aujourd’hui en expansion, ne subsiste qu’en lambeaux dans les vallons les plus reculés. En effet, ceux-ci partagent climatiquement l’étage de la châtaigneraie, arbre qui a été longtemps cultivé et à la base de la subsistance quotidienne, notamment en Cévennes.

Cette strate arborescente est constituée par le pubescent et quelques compagnes comme l’érable de Montpellier, les sorbiers, les buis, les frênes. La strate arbustive supérieure est assez riche, on y trouve l’amélanchier, le fusain, le prunier de Sainte Lucie, l’épine noire, le poirier et le noisetier.

La strate arbustive inférieure plus pauvre est représentée par la coronille, le cornouiller, les lianes sont rares : la clématite, le lierre, le chèvrefeuille.

B – INTERFÉRENCE ENTRE LE CHÊNE VERT ET LE PUBESCENT

A la fin de la dernière glaciation, la formation de pubescent a précédé celle du chêne vert. Ce n’est que dans la phase de réchauffement complet que le chêne vert monta à l’assaut des montagnes.

La chênaie de pubescent se glisse vers la plaine en recherchant les conditions d’existence lui assurant le maximum d’humidité, la chênaie d’yeuse avance vers les montagnes par l’intermédiaire des stations sèches et ensoleillées.

Cela implique que la chênaie d’yeuse peut pratiquement s’implanter partout alors que la chênaie de pubescent doit bénéficier de circonstances exceptionnelles pour progresser.

De façon générale, c’est en empruntant le fond des vallées orientées nord-sud que le pubescent avance en privilégiant les sols alluviaux et frais. Le chêne vert investit les terres chaudes, au sol rare et sec.

 

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